«La majorité des terroristes tunisiens vont être tués dans les zones de conflit»

Riadh Sidaoui, politologue et directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales (Caraps), revient sur le fléau terroriste qui frappe, depuis quelque temps déjà, les différents pays du monde.

Vous accusez toujours certains pays du Golfe d’être derrière le terrorisme mondial. Quels sont les arguments sur lesquels vous vous basez pour affirmer cela ?

Nous avons plusieurs preuves qu’il y a des Etats du Golfe, même des hommes d’affaires du Golfe qui financent ces mouvements terroristes. Parmi ces preuves, on a les propos de Joe Biden, le vice-président américain, qui, devant des étudiants et des professeurs à l’Université de Harvard aux Etats-Unis d’Amérique, a déclaré ouvertement : «Ce sont nos amis turcs, saoudiens, qataris et Emiratis qui ont financé et aidé Daech».

Idem pour l’ancien chef de la DST française (Direction de la surveillance du territoire), Yves Bonnet, qui a mis en cause, le 8 octobre 2012, l’argent de l’Arabie saoudite et du Qatar dans le financement des réseaux islamistes radicaux. En effet, dans un entretien publié par «la Dépêche du Midi», M. Bonnet a déclaré : «On n’ose pas parler de l’Arabie saoudite et du Qatar, mais il faudrait peut-être aussi que ces braves gens cessent d’alimenter de leurs fonds un certain nombre d’actions préoccupantes».
Le site « WikiLeaks » a également publié des milliers de mails attribués au directeur de campagne d’Hillary Clinton. Dans l’un d’eux, daté de 2014, l’ancienne secrétaire d’État des États-Unis écrit noir sur blanc que l’Arabie saoudite et le Qatar financent le groupe Etat islamique.

Bernard Squarcini, ancien patron des renseignements intérieurs français, a révélé à son tour, il y a 2 ans, que «l’Arabie saoudite finançait le terrorisme en Syrie et en Algérie» ! Selon lui, les groupes djihadistes qui avaient prêté allégeance à Al Qaïda «étaient financé principalement par le prince saoudien Bandar Ben Sultan (secrétaire général du Conseil de sécurité nationale et chef des renseignements généraux de l’Arabie saoudite) qui adoptait une politique régionale indépendante de ses frères et de ses cousins». Bernard Squarcini a assuré, dans son dernier livre, que «Bandar Ben Sultan, chef des renseignements saoudiens, était derrière le financement des groupes djihadistes en Afghanistan, en Syrie, au Liban, en Egypte, au nord de l’Afrique», «le Qatar, grand partenaire commercial et politique de la France, était intéressé par le financement, voire l’armement, des groupes islamistes combattant en Afrique contre l’armée française».
Ceci sans oublier, bien sûr, les propos courageux de Lotfi Ben Jeddou, ancien ministre de l’Intérieur tunisien, qui a déclaré au quotidien algérien El-Khabar que des hommes d’affaires des pays du Golfe financent le terrorisme en Tunisie.

Quel est l’intérêt de ces pays du Golfe à financer Daech et provoquer des attentats en Europe (l’attentat de Nice et l’attentat de Berlin) ?

Certes, ces pays-là ont financé Daech, mais là, il faut faire la part des choses. En effet, dans mon dernier livre «L’automne du Sang Arabe : les secrets de Daech et consœurs», j’ai développé une théorie qui stipule l’existence de deux Daech. Le premier Daech est, donc, celui qu’on connait, qui est implanté dans certaines régions en Irak et en Syrie. Quant au deuxième Daech, il se caractérise plutôt par des cellules terroristes locales, parfois des loups solitaires (de différentes nationalités), qui sont fascinés par la littérature et l’idéologie radicale de Daech, et qui passent à l’acte sans forcément avoir de lien direct avec cette organisation terroriste.

Pour revenir à l’attentat de Berlin, par exemple, je ne pense pas que c’est Abou Bakr al-Baghdadi qui a envoyé un SMS à ce jeune tunisien de Oueslatia [Anis Amri] pour l’ordonner de faire l’attentat.
Ceci dit, je suis navré qu’on ne voit que les dizaines ou les centaines d’Européens tués par Daech (je suis, bien évidemment, solidaire avec leurs familles, leurs pays, et leurs peuples), alors qu’on oublie souvent les 300.000 tués en Syrie, le million tué en Irak, etc. Je suis désolé mais pour moi, la valeur de la vie humaine est la même, qu’elle soit en France, en Allemagne, en Irak, ou en Tunisie. Les attentats qui ont lieu en Europe sont une sorte de dommages collatéraux de ce qui se passe en Syrie et en Irak.

Que pensez-vous du retour des terroristes tunisiens des zones de conflit ?

A mon avis, la majorité de ces terroristes tunisiens vont être tués sur place. Pour les autres, ils vont passer par la Libye avec la complicité de ceux qui les ont envoyés, à savoir l’Arabie Saoudite, la Qatar et la Turquie. Ils vont être transportés vers la Lybie. Certains vont rester combattre en Libye, quant aux autres, ils tenteront de passer la frontière d’une façon illégale. C’est pour cela qu’il faut rétablir immédiatement les relations diplomatiques et notamment sécuritaires avec la Syrie. On a besoin des bases de données des services de renseignement syriens concernant ces Tunisiens.

Propos recueillis par
Slim MESTIRI
Tunis Hebdo le 2/1/2017

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