Riadh Sidaoui : Ennahdha adresse un message à l’international

Le Mouvement Ennadha a présenté une liste présidée par un Tunisien de confession juive appelé Simon Slama,   pour les prochaines  élections municipales à Monastir. À peine  la nouvelle a-t-elle commencé à circuler que les polémiques se sont manifestées sur les réseaux sociaux et les médias. Si certains avancent qu’il s’agit d’une manipulation politique, d’autres considèrent que le mouvement islamiste mise  sur la pluralité confessionnelle et veut redorer son image. Contacté par leconomistemaghrebin.com, le politologue et   directeur du Centre arabe de recherche et d’analyse politique (CARAPS) à Genève, Riadh Sidaoui, a bien voulu nous livrer son analyse de  la situation.

Riadh Sidaoui rappelle que ” le mouvement Ennahdha est toujours accusé d’être derrière le terrorisme depuis sa création jusqu’à maintenant en passant par la période de la Troïka. Raison pour laquelle il doit se défendre  contre ces accusations” estime-t-il.   Pour lui,  le choix de mettre un Tunisien de confession juive à la tête d’une liste électorale pour les élections municipales s’inscrit dans le cadre de la défense  contre les accusations portées contre le parti islamiste. «  C’est un message adressé au monde occidental et non aux électeurs tunisiens », affirme-t-il. Dans le même cadre, notre interlocuteur a indiqué que c’est un message adressé  particulièrement aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne et à la France. Ainsi le mouvement  Ennahdha voudrait montrer qu’il a revisité ses idées vers plus d’ouverture et de tolérance.

Le spécialiste a rappelé qu’il ne s’agit pas du premier message lancé par le mouvement Ennahdha : exclusion de l’aile dure du mouvement lors des élections législatives et la désignation des femmes sur ses listes.   «  Je pense que c’est un bon pas que d’inclure les Tunisiens non-musulmans dans le processus politique . Cependant,  les sympathisants du mouvement islamiste risquent de ne pas adhérer  à ce choix»,  fait-il savoir.

Pourquoi les partis politiques laïques et de gauche n’ont pas devancé le mouvement Ennahdha  en  faisant la même chose ? À cette question, Riadh Sidaoui estime que les partis de gauche et les partis laïques n’ont pas besoin de cette manœuvre car ils s’intéressent à l’élargissement de leur base électorale en Tunisie, contrairement au mouvement Ennahdha qui cherche, entre autres, à redorer son image à l’étranger.

Pour rappel, il ne s’agit pas d’une première dans l’histoire de la Tunisie. André Barouch, un Tunisien de confession juive avait été élu à la première Constituante en 1956 et réélu à l’Assemblée nationale de 1959 et à celle de 1964. Albert Bessis, un Tunisien de confession juive, lui aussi, était à la tête du ministère de l’Urbanisme de 1955 à 1956 au gouvernement  Tahar Ben Ammar. En 2005, Roger Bismuth, président de la communauté juive de Tunisie,  a accédé au Parlement tunisien.

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Publié le 21/02/2018 à 16:27

L’Economiste maghrébin

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